🕙: 5 min.
image_pdfimage_print

Nous avons un rêve. Et c’est notre plus grande richesse


            Il y a 200 ans, un petit garçon de neuf ans, pauvre et sans autre avenir que celui de faire le paysan, a fait un rêve. Il le raconta le matin à sa mère, à sa grand-mère et à ses frères qui s’en moquèrent. La grand-mère conclut : « Il ne faut pas croire aux rêves ». Bien des années plus tard, ce garçon, Jean Bosco, écrivit : « J’étais de l’avis de ma grand-mère, mais je n’ai jamais pu oublier ce rêve ».
            Parce que ce n’était pas un rêve comme tant d’autres et qu’il ne s’est pas évanoui à l’aube.
            Il est revenu encore bien des fois. Avec une force entraînante pleine d’énergie. Pour Jean Bosco il était source de sécurité joyeuse et de dynamisme inépuisable. La source de sa vie.
            Lors du procès diocésain pour la cause de béatification de Don Bosco, son premier successeur, Don Rua, a témoigné : « J’ai été informé par Lucia Turco, membre d’une famille où Don Bosco allait souvent chez ses frères, qu’un matin ils le virent arriver plus joyeux que d’habitude. À la question de savoir quelle en était la cause, il répondit qu’il avait fait un rêve pendant la nuit, qui l’avait réjoui. Invité à le raconter, il dit qu’il avait vu venir vers lui une Dame qui avait derrière elle un très grand troupeau et qui s’était approchée de lui, l’avait appelé par son nom et lui avait dit : – Voici, mon petit Jean, tout le troupeau que je confie à tes soins. J’ai ensuite appris par d’autres qu’il avait demandé : – Comment vais-je m’occuper de tant de moutons ? Et de tant d’agneaux ? Où trouverai-je des pâturages pour les nourrir ? La Dame lui répondit : – Ne crains rien, je t’aiderai, puis elle disparut.
            À partir de ce moment, son désir d’étudier pour devenir prêtre devint plus ardent ; mais de graves difficultés surgirent à cause de la situation difficile de sa famille, et aussi à cause de l’opposition de son demi-frère Antonio, qui aurait voulu qu’il s’adonne aux travaux de la campagne comme lui… »
            En effet, tout semblait impossible, mais le commandement de Jésus avait été “impérieux” et l’assistance de la Vierge douce et assurée.
            Don Lemoyne, premier historien de Don Bosco, résume le rêve en ces termes : « Il lui sembla voir le Divin Sauveur vêtu de blanc, rayonnant de la plus splendide lumière, en train de conduire une foule innombrable de gamins. Se tournant vers lui, il lui avait dit : – Viens ici, mets-toi à la tête de ces jeunes et conduis-les toi-même. – Mais je n’en suis pas capable, répondit Jean. Le Divin Sauveur insista impérieusement jusqu’à ce que Jean se mette à la tête de cette multitude de garçons et commence à les conduire comme il lui avait été ordonné. »
            Au séminaire, Don Bosco écrivit une page d’une admirable humilité comme motivation de sa vocation : « Le rêve de Morialdo m’a toujours marqué ; il s’est d’ailleurs renouvelé à d’autres moments de façon beaucoup plus claire, de sorte que si je voulais y croire, je devais choisir l’état ecclésiastique, auquel je me sentais enclin. Mais je ne voulais pas croire aux songes, et ma façon de vivre, ainsi que le manque absolu des vertus nécessaires à cet état, rendaient cette décision douteuse et très difficile. »
            Nous pouvons en être sûrs : il avait reconnu le Seigneur et sa Mère. Malgré sa modestie, il ne doutait pas qu’il avait été visité par le Ciel. Il ne doutait pas non plus que ces visites étaient destinées à lui révéler son avenir et celui de son œuvre. Il l’a dit lui-même : « La Congrégation salésienne n’a pas fait un pas sans y être invitée par un fait surnaturel. Elle n’est pas arrivée au point de développement où elle se trouve sans un ordre spécial du Seigneur. Toute notre histoire passée, nous aurions pu l’écrire à l’avance dans ses plus humbles détails… »
            C’est pourquoi les Constitutions salésiennes commencent par un “acte de foi” : « Avec un sentiment d’humble gratitude, nous croyons que la Société de saint François de Sales est née non pas d’un projet humain, mais de l’initiative de Dieu. »

Le testament de Don Bosco
            Le pape lui-même demanda à Don Bosco d’écrire le rêve pour ses fils. Il le fit en commençant ainsi : « À quoi servira donc ce travail ? Il servira de règle pour surmonter les difficultés futures, en tirant les leçons du passé ; il servira à faire connaître comment Dieu lui-même a tout guidé en tout temps ; il servira à mes fils de récréation agréable, lorsqu’ils pourront lire les choses auxquelles leur père a participé, et ils les liront bien plus volontiers lorsque, appelé par Dieu à rendre compte de mes actions, je ne serai plus parmi eux. »
            Don Bosco révèle clairement son intention d’impliquer le lecteur dans l’aventure racontée, jusqu’à le faire participer à celle-ci comme à une histoire qui le concerne et qu’il est appelé à poursuivre dans la foulée de ce récit. Le récit du rêve devient clairement le “testament” de Don Bosco.
            Ici, il y a la mission : la transformation du monde à partir des plus petits, des plus jeunes, des plus abandonnés. Il y a la méthode : la bonté, le respect, la patience. Il y a l’assurance de la forte protection de la Sainte Trinité et de la protection tendre et maternelle de Marie.
Dans les Mémoires de l’Oratoire, Don Bosco raconte que vingt ans après le premier rêve de 1824, il fit « un nouveau rêve qui semble un appendice de celui que j’avais eu aux Becchi à l’âge de neuf ans. J’ai rêvé que je me voyais au milieu d’une multitude de loups, de chèvres et de chevreaux, d’agneaux, de brebis, de béliers, de chiens et d’oiseaux. Tous ensemble, ils faisaient un bruit, une clameur ou plutôt un bruit diabolique qui aurait effrayé les plus courageux. Je voulais m’enfuir, quand une Dame, habillée en bergère, me fit signe de suivre et d’accompagner cet étrange troupeau, tandis qu’elle le précédait…
            Après avoir beaucoup marché, je me suis retrouvé dans un pré, où ces animaux sautaient et mangeaient ensemble sans que les uns ne cherchent à nuire aux autres.
            Accablé de fatigue, j’ai voulu m’asseoir au bord d’une route voisine, mais la bergère m’a invité à poursuivre mon chemin. Après un court trajet, je me suis retrouvé dans une vaste cour entourée d’un portique au fond duquel se trouvait une église. Je me suis alors rendu compte que les quatre cinquièmes de ces animaux étaient devenus des agneaux. Leur nombre devint alors très grand. À ce moment-là, arrivèrent plusieurs bergers pour les garder. Mais ils restèrent peu de temps et s’en allèrent bientôt. C’est alors que se produisit une chose merveilleuse. Beaucoup d’agneaux se transformèrent en petits bergers et, en grandissant, ils prenaient soin des autres. Je voulais partir, mais la bergère m’invita à regarder en arrière. Elle me dit : « Regarde de nouveau », et j’ai regardé de nouveau. J’ai alors vu une belle et grande église. À l’intérieur de cette église, il y avait une bande blanche, sur laquelle était écrit en grosses lettres : Hic domus mea, inde gloria mea.
            C’est pourquoi, lorsque nous entrons dans la Basilique Marie-Auxiliatrice, nous entrons dans le rêve de Don Bosco.
            Qui demande de devenir “notre” rêve.

Ángel Card. FERNÁNDEZ ARTIME
Recteur Majeur des Salésiens de Don Bosco